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Sorti en salle le 19 novembre, le film de Lyes Salem retrace l’histoire de l’après-guerre en Algérie. De l’euphorie à la désillusion, l’Oranais revient sur ces années où tout était possible. 

19h30, lundi, le cinéma Luxor à Barbès, est bondé. Nous nous précipitons pour prendre les derniers sièges. Cette salle légendaire au style néo-égyptien, réouverte depuis avril 2013, a retrouvé sa splendeur. Les spectateurs sont impatients de voir le film commencer. Faute de place, une deuxième séance a été programmée. Avant la projection, le réalisateur et acteur Lyes Salem, arrive avec les comédiens dans la salle. Il prend la parole face aux spectateurs pour les remercier d’être venus à cette avant-première et précise que les personnages du film ne font référence à personne en particulier.

L’Oranais c’est l’histoire de quatre amis dont l’amitié s’est scellée pendant la guerre d’indépendance. Les héros sont montrés dans leur vie quotidienne d’après-guerre, exerçant pour certains de hautes fonctions politiques pour construire le pays. Au fil des années, entre la ferveur d’une reconstruction d’une société autonome, les ambitions personnelles de certains, la trahison et les illusions perdues, le groupe d’amis se sépare. D’autres thèmes sont abordés dans le film, le réalisateur met aussi l’accent sur le développement de l’industrie algérienne, la recherche d’identité, le culte des martyrs et bien d’autres. Autant d’éléments qui permettent de mieux comprendre aujourd’hui le fonctionnement de la société de ce pays du Maghreb.

Djaffar est un des personnages joué par le réalisateur Lyes Salem. De retour dans son village après avoir lutté pour l’indépendance de l’Algérie face à l’armée française, il est célébré en héros, c’est « l’Oranais ». Ce dernier est entré réellement dans la lutte armée, après avoir tué accidentellement le garde-champêtre (un français) de sa ville pour libérer son ami Hamid. Pour se venger, le fils du garde-champêtre viole la femme de Djaffar. Ses compagnons de guerre lui cachent cet acte jusqu’à son retour dans son village. A son arrivé, Djaffar apprend que sa femme est décédée et qu’elle a mis au monde un enfant. Cet enfant est blond aux yeux bleus. Il décide de ne pas dire la vérité à cet enfant, qu’il considère comme son propre fils.

Plusieurs séquences du film ont provoqué une polémique en Algérie. Il s’agit des scènes où les quatre acteurs principaux se retrouvent plusieurs soirs dans un cabaret pour discuter tout en buvant de l’alcool. L’organisation des enfants de moudjahidine (ONEM) a estimé que ce passage du film véhicule une mauvaise image sur les moudjahidines et constitue une atteinte à leur dignité. La projection du film avait fait débat à Oran où l’organisation des enfants de moudjahidines et d’anciens responsables du FLN ont essayé d’empêcher la projection du film. Mais, la séance s’est finalement déroulée comme prévue.

« J’accepte et entend la réaction de l’organisation des enfants de moudjahidines, mais ne la comprends pas » affirme le réalisateur, avant de poursuivre « toutes les personnes ne boivent pas dans le film et les personnages que je mets en scène sont issus d’un milieu où l’alcool est présent ».

Lyes Salem a réalisé ce film sans émettre de jugement, en abordant simplement les faits d’après-guerre. C’est un film qui permet de mieux comprendre l’Algérie d’aujourd’hui. Durant deux heures, les spectateurs ont été tenu en haleine, du début à la fin. Les spectateurs passent par différents stade d’émotion entre joie, drame et humour à travers les destins de ces quatre amis dans le film. Il y a un magnifique jeux d’acteurs. Les dialogues sont un mélange d’arabe et français. Qu’on aime ou non le film, il a au moins l’intérêt de susciter le débat.

A la fin de la projection, l’équipe du film a été saluée par des applaudissements et des cris dans la salle. L’Oranais est dans les salles depuis mercredi et a déjà reçu plusieurs récompenses : prix de l’interprétation masculine (pour Lyes Salem) au festival francophone d’Angoulême, meilleur réalisateur du monde arabe au festival d’Abu Dhabi (dans la catégorie « nouveaux horizons »)  et le prix du public et du jury jeune au festival international de Saint-Jean-de-Luz.

Hana Ferroudj

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