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Avec son spectacle « Vive la France », Mohamed Rouabhi nous livre un regard original sur l’histoire de France. La pièce se joue jusqu’au 1er mars au théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis. L’occasion d’en prendre pleins les yeux, les oreilles, les neurones… et les narines. C’est un hymne au métissage, à la rencontre entre les peuples, un cri d’amour à la France.

Dans le noir, un homme s’interroge, un bouquet de fleurs à la main. Il se recueille sur deux tombes. Celles de deux jeunes, Zyed et Bouna, emblèmes malgré eux des émeutes de novembre 2005 dans les banlieues françaises. La mort de ces deux jeunes gens et ses conséquences sont le point de départ de la pièce.

Le metteur en scène a décidé d’offrir aux « oubliés » de la République leur part d’histoire, en musique, en couleur, en poésie. Le spectacle, qui dure 3h20, pourrait s’intituler la métropole, ses colonies, ses banlieues. Engagement politique et personnel, expression artistique pluridisciplinaire, fruit de plusieurs mois de recherche, comme en témoignent les archives, télévisuelles et radiophoniques, qui alimentent le spectacle.

Dans la France de Mohamed Rouabhi, Marianne est noire, la Marseillaise est jouée au luth sur un air de musique andalouse, et les jeunes des banlieues crient en rap leur amour pour leur pays. Sur scène, 19 artistes dansent, chantent, slament, rappent, hurlent, courent, pendant que l’écran en arrière-plan, diffuse les paroles et les images d’intellectuels et politiques qui ont marqué notre histoire.

Pendant l’entracte, j’en profite pour interroger des jeunes visiblement heureux de se dégourdir les jambes et la langue. Saïdou, élève en terminale électromécanique au lycée de Drancy, résume d’une phrase son ressenti du spectacle : « Franchement c’est bien. Mais c’qui se passe dans les banlieues on le savait déjà. – Et la rencontre manquée entre Nicolas Sarkozy et Aimé Césaire en décembre 2005, vous en avez entendu parler ? lui demandé-je ? [L’ancien ministre de l’intérieur avait dû reporter sa visite en Martinique, à cause des vives protestations contre la loi reconnaissant un rôle positif à la colonisation. L’écrivain martiniquais avait refusé de rencontrer Nicolas Sarkozy pour ces mêmes raisons.] – Ben on a vu la colonisation en histoire, mais je sais pas qui c’est Aimé Césaire ! »

Gagné, Mohamed Rouabhi ! Vous avez ouvert une fenêtre dans l’esprit de ces jeunes gens, sous une forme artistique peu conventionnelle et sur des sujets qui les touchent directement. Autre bonne nouvelle : le spectacle est en fait une trilogie. Le prochain volet, à venir, s’intitulera « Travail, Famille, Patrie » et sera présenté cette année. Une deuxième leçon d’histoire qui s’annonce colorée !

Bouchra Zeroual

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