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Mehdi et Badrou y étaient, ils ont vu Mohamed Hamidi, smoking noir sur tapis rouge, sourire sur dents blanches, lui et ses acolytes. Rendez-vous le 19 juin pour la sortie nationale de Né quelque part et sinon ce mercredi soir au Grand Journal sur Canal+.

Des fois, c’est le hasard. Des fois, le destin. Des fois, on ne sait pas, un fou mélange des deux. Hier, t’as vu, le soleil n’était pas encore parti se faire foutre. Il brûlait toujours, là-haut, comme un prince. La croisette chauffait sa voix. C’était le grand chamboulement des voitures officielles. Il y avait, très loin, des klaxons et des fans affamés de stars. Cannes, c’est la ville des impossibles, où chacun court après quelqu’un, où les filles portent toutes des robes qui brillent et les hommes, des costumes, tous noirs.

Toi, hier, tu portais un costume, noir aussi. Et tu as mis un noeud papillon. Toi, comme Spielberg, comme Tarantino, Scorsese, Wong Kar Wai, les frères Coen, Coppola père et fille, Lars Von Trier, Abdellatif Kechiche, toi comme eux. Toi, comme eux, hier, tu as monté les marches. Monter les marches, c’est pas monter les marches de ton immeuble de la cité Blanqui, où t’as grandi, à Bondy. Monter les marches, ici, c’est un tapis rouge, des photographes qui cassent la voix, les lumières, Gilles Jacob, la beauté du geste. Toi, tu as fait ça, hier, pour ton film présenté en sélection officielle, Né quelque part.

On n’aurait pas cru, un jour, Mohamed, t’écrire sur le Bondy Blog. Le Bondy Blog, c’est beaucoup chez toi. Tu l’as repris à Serge Michel, en 2007. Avant, t’étais prof d’économie à Bobigny. Tu faisais de la musique aussi. De la guitare. Et tu chantais. Avant, t’as eu d’autres vies et tellement d’envies. Celle, un jour, il y a cinq ans, d’écrire un livre. Ce livre est devenu un film, Né quelque part. L’histoire d’un jeune français, Farid, qui doit partir en Algérie où il n’a jamais été, défendre la terre de son père, menacée par les autorités. Tu t’es inspiré de toi, de ton histoire, de ta vie. T’as galéré. T’as écrit, écrit, écrit. T’as jeté, jeté, jeté. T’as recommencé, encore et encore.

« Avant, avec mon frère, on allait au cinéma à Rosny 2, l’un de nous payait et l’autre ouvrait la porte du cinéma derrière : on fraudait ». Tu regardais Rocky 2 ou 3. Là, le 19 juin, quand ton film sortira, tu vas sûrement imaginer tous ces jeunes qui veulent voir ton film sans payer, qui vont essayer de frauder pour aller au cinéma. C’est sûr, tu rigoleras.

Hier, c’était autre chose. C’était Cannes, c’était rouge, c’était les photographes et les journalistes. Mais avant tout ça, c’était l’avant-première mondiale de ton film. Tu t’en souviendras, peut-être à jamais. Surtout quand dans la salle du Soixantième, Thierry Fremaux, directeur du Festival de Cannes, t’as appelé. Il a dit « et le réalisateur, Mohamed Hamidi ». Tu as descendu les marches de la salle. Autour de toi, il y avait tes acteurs : Tewfik Jellab, Jamel Debbouze, Fatsa Bouyahmed, Malik Bentalha. Tu as pris le micro. Tu as dit « on est très contents de vous présenter ce film. Surtout à vous, les lycéens ». C’était une « séance spéciale » avec les lycéens de Cannes. Ils avaient tous des portables pour vous prendre en photo.

Mohamed, après la lumière s’est éteinte, tu es sorti avec tous les autres, le film a commencé. Il n’y avait pas un bruit, même pas un bruit de sachet de bonbons. Tout le long, les larmes d’émotion chassaient les larmes de rire, et ainsi de suite. Après, quand vous êtes revenus, tout le monde vous a applaudi. Même, tout le monde s’est levé. Ils appellent ça une « ovation » au JT de TF1. Vous étiez tous très contents que le vrai public de Cannes, celui des lycées, ait aimé ce film, votre film.

Sur des visages, il y avait encore des larmes. Une fille a pris le micro, elle voulait « prendre une photo avec Jamel ». Une autre voulait savoir si « Malik était célibataire ». Thierry Frémaux a pris sa grosse voix, il ne rigolait pas trop, il a dit « bon, des vraies questions sur le film s’il vous plaît ». Un mec a dit « Je suis Faz de Los Angeles, je viens de Los Angeles, je suis expatrié à Los Angeles et je n’ai pas de questions parce que toutes les réponses sont dans votre film ».

Le soir, c’est la vie de Cannes. Tu as mangé avec tes acteurs, tes producteurs et des incrusteurs au patio Canal+. Il y avait même un feu d’artifice. C’était comme dans un conte. Tellement loin de tout, presque loin de la vie. Ce soir, Jamel au Grand Journal pour présenter ton film. Et puis, tout le reste. Des fois, c’est le hasard. Et des fois, c’est le destin.

Mehdi Meklat et Badroudine Abdallah

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