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Aux environs de minuit trente, France info nous apprend la mort de cette icône de la pop music. Je me fige dans la salle de bain pendant que le journaliste égrène la nouvelle. Ma compagne, Ely, fait de même. Parce que c’est sûr, on a tous notre souvenir perso de Michael. « Tu te rappelles l’époque où il était dans le groupe des Jackson Five, avec la coupe afro et les pantalons patte d’éléphant ? », me lance Ely. Bien sûr que je m’en souviens. Gamin, j’ai été bercé par les chansons des Jackson Five. Trois jeunes et jolies cousines – en fait des amies de ma mère – adoraient me garder tout en passant en boucle leur musique.

Le Michael de la Motown ou sa période Epic record des Jackson Five faisait l’unanimité à cette époque. Je les voyais les amies de ma mère s’extasier devant les clips ou écouter en boucle « I want you back » sur les vieilles cassettes qu’elles avaient copiées. « Il est trop chou, il est trop beau et il danse comme un dieu. » Bien sûr, on était fortement incité à lui ressembler. Même après la fin de la période disco, on pouvait voir de jolies mamans noires coiffer leur enfant (avant 10 ans bien sûr) « à la Michael Jackson », comme elles disaient. Ely en fut victime comme bien d’autres.

« Et à toi, me demande-t-elle en me faisant revenir dans la salle de bain, Michael, qu’est-ce que cela évoque ? – Pour moi, Michael a été mon premier concert. Ma mère m’avait laissé m’y rendre seul. Après la sortie de son album solo Thriller. Je m’étais fait défriser les cheveux pour mieux me confondre avec mon idole. J’avais dû aller à Strasbourg-Saint-Denis pour trouver un coiffeur qui maîtrisait la technique du défrisage à froid. Il venait d’Amérique et son salon était plein. J’y avais passé l’après-midi. Pendant que j’attendais mon tour, je pouvais justement entendre de la musique black passer sur son poste. Ses clients, plutôt jeunes discutaient ensemble avec en musique de fond Stevie Wonder, Diana Ross mais aussi bien sûr Michael Jackson seul dans son dernier album ou d’autres chansons plus anciennes. »

Un bip nous fait sursauter dans la salle de bain pendant que j’évoque ce souvenir. Je regarde mon téléphone, un texto vient d’arriver. Benjamin, un ami, me confirme la nouvelle, preuve qu’elle est en train de se répandre à très grande vitesse. Ma mère qui réside aux Antilles et une autre amie, Vanessa, en France, me disent au téléphone qu’elles ont elle aussi appris la nouvelle du décès.

« Tu te rends compte que c’est quand même le premier chanteur noir à être passé en prime time à la télévision française », dit Vanessa. C’est possible, je ne sais pas. Michael Jackson était sans aucun doute un grand chanteur dont on ne parlait plus en famille que pour évoquer sa face triste et sombre. Celle de sa pédophilie présumée, celle de sa figure blanchie à force d’éclaircir sa peau et de subir des opérations esthétiques, « comme s’il avait honte d’être noir », disait ma mère. Mais chez les Noirs de ma génération, et les gens de mon âge en général, ajoute Vanessa, « tout le monde a un souvenir personnel de Michael Jackson ».

Axel Ardes

Photo : ce n’est pas Michael Jackson que vous voyez, mais Ely (dont Axel parle dans l’article) avec la coupe du chanteur époque année 70.

Appel aux lecteurs et commentateurs : si, comme Axel, vous avez des souvenirs liés au chanteur décédé, n’hésitez pas les faire partager sur le Bondy Blog. Merci.

Axel Ardes –

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