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Après un concert à Londres en avril 2010, au Troxy (environ 3 500 places), les P Square se sont produits en France, il y a quelques jours. Lieu : dans la vraie capitale, celle du département autoproclamé le plus métissé de France, le 9-3, à Saint-Denis plus exactement. Une salle de concert de 4500 places environ (Dock Pullman). Il y a eu l’ambiance, il y a eu le son, il y avait le style (les hauts talons et les robes courtes et moulantes), celui qui ne se trémoussait pas n’avait pas d’oreilles ! C’était l’évènement de l’année 2012.

P Square… Comment dire ? Imaginez Usher et son frère jumeau. Ils sont nés à Lagos au Nigéria, ne se sont pas lancés dans l’industrie pétrolière qui est pourtant une spécialité locale ni dans les actions explosives de Boko Haram, non,  eux sont plus axés sur la musique. Ils ont commencé jeunes, encore au collège St Murumba à Jos. A l’époque, ils suivaient les cours de musique et de théâtre. Fan de MC Hammer, Bobby Brown et Michael Jackson, ils s’entrainaient avec leurs  amis. Un peu comme les Destiny’s Child, ils ont commencé en quatuor à capella et puis  avec l’orientation scolaire et la fac, le premier groupe s’est dissolu.

Les deux frères ont continué dans la musique à l’Université d’Abuja et dans leur groupe qui s’appellera successivement « Double P », « P&P » « Da Pees ». Ce sont de faux-jumeaux, ils s’appellent Pierre et Paul… enfin Peter & Paul, ça sonne mieux. Ils se sont inscrits en musique à la fac d’Abuja pour maîtriser clavier, basse batterie et mélodie. Deux ans plus tard, ils sortent leur premier album, participent à des concours de musique et se trouvent nommés pour des prix tels que « Most Promising African Group » pour les Kora Awards (qui récompense les meilleurs artistes musicaux subsahariens) et seront récompensés en 2003 par un Amen Award « Best R&B Group ».

En 2005, les deux frères ne chôment pas et sortent leur deuxième album sous leur propre label. Leur clip occupe pendant sept semaines la première place sur MTV Base. Du Niger à l’Afrique du Sud, du Kenya au Sénégal, le continent tombe sous le charme des compositions chantées en anglais et parsemées des expressions du cru nigérians. Toute une communauté de fans se développe, électrisée par les rythmes. Ils accompagnent entre autres Akon et Sean Paul sur certaines tournées. Le troisième album sorti en 2007 est vendu à 8 millions d’exemplaires. Les clips ultra bling-bling (jolies voitures, jolies go et des dollars partout) n’ont pas grand-chose à envier aux pionniers US. Le quatrième album sort en 2009 et reçoit une nouvelle récompense au KORA All Africa Music Awards. En 2010 ils sont nommés artistes de l’année.

Le concert commençait à 20 heures, avec un première partie du zouk réunionais (Carimi), ils ont chauffé la salle mais comme  ça durait trop longtemps au goût du public ce fut compliqué à gérer pour les animateurs, particulièrement au moment de la transition. Les P Square sont arrivés vers 23h30 après trois annonces maladroites de l’ambianceur désigné qui se faisait hué. Une femme dans le public s’est exclamé : « mais pour qui ils se prennent ces P Square? ils sont plus que Eto’o ?« . Ils sont finalement arrivés et ont libéré les passions : cris, bras en l’air, jump session… Tous les hits (Do Me, Ai’nt no easy, chop my money…) ont été joués et la salle a repris en Pidgin, cette langue anglaise remaniée à la centrafricaine. On retrouve les références à Michael Jackson dans les chorégraphies et les mélodies, les gars sont vraiment pro. Une amie camerounaise me disait qu’au pays ce sont des dieux. Vue l’ambiance électrique je comprends parfaitement. Je suis sortie la voix cassée, avec un mal au pied, les oreilles bourdonnant encore de leur musique et pour perspective une courte nuit, mais je ne regrette vraiment pas. Ils reviendront à Paris, ils l’ont promis !

Juliette Joachim

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