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Un peu plus loin, dans le couloir, les flashs bombardent son visage. Il est celui qu’on s’arrache. Les minots frôlent l’hystérie quand ils l’aperçoivent une fraction de seconde. Les mains tremblent, on dégaine l’appareil-photo et le stylo (ou on crie « quelqu’un a un stylo ? Viiiite… »). On lui demande de signer « ici, juste là », pour un tel, une telle, ou pour soi-même. Il le fait et s’éclipse.

Il se fraye un passage et sa carrure imposante s’extirpe facilement du troupeau d’enragés. Il approche à grandes enjambées d’un cagibi improvisé en bureau le temps de la rencontre, organisée dans les studios de la radio Skyrock, à Paris. Furtive interview. Parce qu’à un moment donné, quand la côte de popularité explose littéralement, les minutes sont précieuses. Et chronométrées.

L’histoire de Rohff nous emmène au bout de la Terre, carrément. Aux Comores. Hummm… le soleil chauffe la douce mer, les plages sauvages, les pêcheurs qui, au chant du coq, voguent déjà sur leurs pirogues. On imagine des cocotiers à perte de vue. Rohff avait de drôles d’idées : voler, s’envoler, aller toucher le ciel et atterrir ailleurs, dans une autre contrée. « Ma mère voulait que je sois pilote de ligne », dit-il.

Le voyage eut lieu. « J’avais 7 ans, je suis arrivé en France », raconte le rappeur. Il se souvient de la montée de la passerelle de l’avion. Il n’avait jamais pris l’avion, goûté aux plaisirs des réacteurs vrombissants. Il en avait seulement rêvé. Il débarque en France. On imagine un gamin, écharpe nouée autour du cou. Et les yeux écarquillés. Le vent de face qui balaye ses rêves. « Il y avait tellement de monde. » Et la voiture d’un cousin, ou d’un oncle, d’un ami déjà installé, qui l’emmène dans un quartier qu’il n’a jamais vu. Du côté de Vitry.

Il a grandi au cœur des cités. Il a grandi là, à rigoler avec ses potes. Et à écrire. Souvent. Du RAP « par instinct ». « C’est la musique de fond des quartiers », dit-il. Oui, peut-être. Et Rohff srcrute du regard l’intérieur du cagibi. Une affiche se décolle de la vitre. Une chaîne stéréo prend la poussière. Il nous regarde, se tait, parle : « Ma tête, elle est bourrée. » Bourrée d’images, de sons, de gens, de faciès, de flashs. C’est comme ça que ça commence, par ces petites images du quotidien, qui finiront sur du papier. Il écrit tout le temps, cette musique qui vient de « ses tripes ».

Il aime « les films violents aux superbes répliques ». Il aime « Le Parrain », il aime « Mesrine » avec Vincent Cassel. Il aime Benoît Magimel. Il a déjà vu Fanny Ardant, un soir, sur un plateau télé. Ça ne lui a rien fait, « rien du tout ». Il est bien trop loin de ce milieu-là, Rohff, à des années lumières du Fanny Ardant de Vincent Delerm. « Elle est dans son monde, hein », dit-il à propos de l’actrice. Il habite toujours Vitry, dans son quartier. Il n’a pas voté Sarkozy et aurait été « curieux de voir Ségolène Royal » à ce poste.

Sinon, il est « croyant ». Musulman. Et a « un profond respect pour les écrits divins ». Rohff fait des phrases courtes, évite les envolées lyriques. Il a été en prison, sait que pour certains, il est un modèle. Un repère, même. « Je n’ai jamais été un ange, j’ai déjà tenu une arme et participé à une fusillade. » Point final. Il est avant tout Housni Mkouboi au civil.

La vingtaine de minutes à laquelle on avait droit est terminée. On ne partira pas les mains vides. On lui tend notre bloc-notes plein de ses phrases qu’on a relevées. Tout ce qu’on lui demande comme exercice, c’est de s’exprimer. Il finit par écrire : « Les épreuves peuvent faire de toi un homme meilleur. Fais de toi le meilleur pour faire voir en toi un homme meilleur. » Signé Rohff. Il s’en va.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

mehdi_et_badroudine –

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