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« Allons enfants de notre Afrique, au front pour que cessent nos pleurs », chantait Rost lors d’un « show-case », le 17 mars, à l’Archipel, dans le 10e à Paris. Accompagné de musiciens sur scène – guitaristes, bassiste, pianiste, saxophoniste et violoniste – ce rappeur d’origine togolaise qui a grandi à « Belleville City », parle dans ses textes de liberté, de paix, de l’Afrique, du Proche-Orient. Il est black et ses musiciens sont white. L’inverse des images d’Epinal, où les chœurs sont toujours de sacrées voix africaines ou antillaises. Ce soir, les musiciens sont présents à titre gracieux, ils n’attendent pas un centime en retour.

Rost a trente albums à son actif et visiblement, il est très respecté dans le milieu du rap dit indépendant. Il a réussi à se faire un nom et une place dans celui-ci, maintenant, il a envie de laisser toute sa place à son style, son art. Poétiques et militants à la fois, on se voit dans ses titres, on y voit l’actualité dure à accepter, le quotidien, les rires, les larmes, les épreuves et la gaité de la jeunesse. Rost joue avec les mots et contrairement à ce que pensent bon nombre de gens, le rap, son rap, n’est pas vulgaire.

En entendant ses morceaux, on pourrait croire que c’est du slam mais non. C’est du rap sur fond classique et jazz. Une manière de marquer son indépendance par rapport à la planète rap et de parler du drôle comme du sérieux sur une mélodie des plus plaisantes, qui change de l’ordinaire. Le 5 avril sortira son nouvel album acoustique, « Poésie d’un Résistant ». Ses titres sont accrocheurs. « Requiem pour Jérusalem », dans lequel on comprend que le conflit israélo-palestinien le rend mal. Allusion au mur de Berlin. Pessimisme sur la paix au Proche-Orient… « Bio’graff’vie », où il retrace sa vie, « 87, première expérience graphique au stylo bombe… » Il débuta sa carrière urbaine avec un groupe de graff. « Ecrire pour… », autre titre de l’album : « J’écris pour vivre, être libre de l’amertume, j’écris pour dire le mal-être des miens sans tunes… »

Tout passe, et parfois accompagné du seul piano. Son coup de foudre pour cette belle femme ressemblant à Marie Drucker sur le quai du métro ; son passé de jeune agité tenté par l’argent facile ; sa trace laissée sur les murs de Belleville ; les demoiselles qu’il rencontra et qui le surnommaient, dit-il avec humour, « bon coup aux doigts de fée ». Rost sait entraîner son auditoire dans son monde d’amour et de graff.

Un court métrage pour finir la soirée show-case, « La rue des Anges », retraçant ce qui l’a fait basculer dans le monde du rap. Une rixe entre bandes, dont la sienne. Il perdu son meilleur ami et coéquipier dans cette bagarre générale avec armes à feux. Ce fut un déclic pour lui. « Ma jeunesse c’était beaucoup d’embrouilles dans les quartiers populaires et aujourd’hui ça persiste. J’ai perdu beaucoup d’amis, donc aujourd’hui j’ai la rage, la rage de me battre contre ça pour l’éviter aux petits frères. »

Il remercie les deux hommes qui lui ont donné sa chance, qui ont cru en lui. Olivier Cachin, journaliste, écrivain et animateur télé fut le premier, qui lui dit à l’époque : « On a écouté ta maquette, il y a du boulot mais ont va t’aider. » Patrick Colleony, qui a décide de produire son disque. Patrick Colleony n’est plus et ce qu’il a fait pour le monde hip-hop restera dans la mémoire de tous ceux qui se sont intéressés à cette culture urbaine. Sans lui, des rappeurs aujourd’hui n’auraient sans doute pas eu le même succès. Et Rost fait partie de ces jeunes rappeurs d’alors, qui ont acquis de la maturité, et ça s’entend dans la musique.

Inès El Laboudy

Inès El laboudy –

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