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Où se trouve la limite du consentement sexuel ? Alors que les campagnes #BalanceTonPorc et #MeToo ont mis au centre du débat national les questions liées aux droits des femmes et du harcèlement sexuel, ce mardi 6 mars, c’est un autre sujet que les téléspectateurs de France 2 vont pouvoir découvrir à travers le documentaire « Sexe sans consentement » – déjà visible sur Youtube – celui de la fameuse zone grise.

Premier documentaire à aborder ce sujet en France, « Sexe sans consentement » donne la parole à plusieurs femmes, à visage découverte, fait suffisamment rare pour le souligner. Leur point commun : elles ont vécu des relations sexuelles sans violences physiques avec des hommes de leur entourage, des amis ou des flirts, qui n’ont pas entendu ou voulu entendre qu’elles n’en voulaient pas. Le film tente de mettre des mots sur une forme de viol qui ne dit pas son nom.

Ne pas consentir à des rapports sexuels et y céder malgré tout

Qu’est ce que le consentement dans un rapport sexuel ? Faut-il systématiquement demander l’accord du partenaire ? Pourquoi certaines n’osent pas dire non ? Pourquoi certains ne se soucient pas de la parole de leur partenaire ? Ces questions sont au centre du documentaire. Loin des plateaux de télévision où des sociologues, sexologues et autres experts finissant en « logue » donneraient leur point de vue sur la question, Sexe sans consentement met en lumière les premières concernées, les femmes. C’est l’histoire de Natacha, Floriane, Louise, Mary, Juliette et Célia. Elles reviennent sur ce moment où elles ont cédé sans consentir, victimes de « la zone grise ».

Que cela soit lors d’un séjour Erasmus à Bilbao, durant le festival d’Aurillac ou sur le campus d’une fac, ces témoignages nous livrent des récits différents mais à chaque fois la même sidération, la même incapacité à faire entendre sa voix face à l’autre, trop insistant. « J’aurais pu le repousser, il serait certainement parti, mais j’étais tellement choquée que je n’étais pas capable », explique Célia, 22 ans. « Il a commencé à me toucher, je lui ai dit non. Et il m’a dit : ‘Maintenant que tu m’as allumé, faut assumer' », relate Natacha. « Je lui ai dit non. Je n’ai pas compris qu’il ne comprenne pas. Et j’ai cédé », décrit Floriane.

Comment passe-t-on d’un moment d’échange et de séduction à un acte forcé et non consenti ?

Cette incompréhension, toutes les protagonistes l’ont vécue sans pouvoir en parler ou l’expliquer sur le moment. Comment passe-t-on d’un moment d’échange et de séduction à un acte forcé et non consenti ? Comment finit-on par atterrir dans la « zone grise », cette zone où les contours du consentement à un rapport sexuel semblent flous ? C’est à cela que les témoignages répondent. Il suffit d’une ambiance particulière, de la culpabilité d’avoir été dans un jeu de séduction ou d’avoir embrassé le garçon, comme si cela engageait à coucher avec lui par la suite. Elles ont manifesté leur désaccord mais en vain. Leurs demandes sont restées muettes. On voit à travers ce documentaire que beaucoup d’entre elles se sentent prises dans un rapport de force qu’il soit affectif ou psychologique, parfois les deux en même temps. L’une d’entre elles révèle « tu te dis que ça n’est pas grave, qu’il vaut mieux faire ça vite que de s’opposer », quand une autre avoue « quand je le faisais, c’était pour lui faire plaisir ».

« Sexe sans consentement » ne se contente pas de mettre en lumière ces témoignages. Delphine Dhilly et Blandine Grosjean ont eu la brillante idée de mettre en relief les expériences de ces femmes avec des paroles d’hommes à qui elles ont posé une question fondamentale : « comment définirez-vous le consentement ? » Dans un premier temps, viennent les réponses assez classiques : « À partir du moment où deux personnes sont d’accord ». Puis, le documentaire avance et les questions se précisent. Les propos laissent alors place à la stupéfaction. Un exemple : à la question « comment savez-vous qu’une fille veut coucher avec vous ? », plusieurs jeunes hommes répondent tout simplement « le regard« , un autre ajoute « tout est dans le eye contact ». Pour certains, « dire non veut dire oui », cela peut même « être quelque chose de motivant », témoignent de jeunes hommes dans le film. « J’aime bien les filles compliquées, dès qu’on me dit non, ça me motive encore plus d’y aller », dit amusé un des jeunes hommes. Ainsi, 22 % des hommes et 17 % des femmes pensent que lorsqu’une femme dit non, en réalité elle veut dire oui.

Une éducation au consentement pour enfin faire comprendre que « non » ne veut jamais dire « oui »

Une partie des femmes qui ont subi une relation sexuelle non consentie ne réalisent pas tout de suite que ce qu’elles ont vécu est un viol. Le mot fait peur. Le mot renvoie aussi à un certain nombre de clichés. Célia voyait le viol « comme dans les films, avec une femme agressée par un inconnu qui la viole dans la rue et la laisse pour morte ». On n’est loin du schéma banal qu’elle a rencontré : une soirée arrosée, un mec qui la drague puis vient la relation sexuelle non-consentie.

« Je suis d’une génération qui a reçu des cours d’éducation sexuelle à l’école, appris comment se protéger des MST, des grossesses non désirées. Mais tous les autres dangers de la sexualité, personne ne t’y prépare : il n’y a pas d’éducation au consentement », regrette dans le film Juliette. Cette nouvelle génération de filles réclame une véritable « éducation au consentement » dès l’école pour enfin faire comprendre que « non » ne veut jamais dire « oui ».

Sans qu’aucune musique ou lumière viennent nous indiquer le moment où il faut rire, celui où il faut pleurer ou encore s’offusquer, « Sexe sans consentement » fait appel à nos expériences, à l’empathie et à notre bon sens. Le documentaire nous pousse à questionner notre vision des relations et du consentement, et donc aussi du viol.

Fatma TORKHANI

Documentaire « Sexe sans consentement », mardi 6 mars à 22h50 sur France 2

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