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Concert à couper les riffs non pas au couteau mais à la perceuse pour fêter les 3 mois de la sortie du film 93 La belle rebelle de Jean-Pierre Thorn. Ce bon documentaire, retraçant l’épopée de créativité explosive des fleurs de béton que sont les Béruriers Noirs, NTM ou autre D’ de Kabal, projeté en première partie de soirée, a bien rempli, ce mardi 26 avril, la grosse salle de l’Espace 1789 de Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis. Mais le meilleur était à venir.

Une des protagonistes du film, Casey, la rappeuse d’origine martiniquaise, à la fière allure, et qui camoufle son corps de femme dans un costume de bonhomme a rameuté toute sa bande. D’abord, son co-rappeur du collectif Anfalsh, B.James, et, les rockeurs de Zone Libre composé de Serge Teyssot-Gay, splitteur le plus célèbre de France en larguant ses Noir Désir, Marc Sens guitariste et maître improvisateur aux outils improbables, et Cyril Bilbeaud, batteur enfiévré. Ensemble, ils ont commis « Les Contes du Chaos », sorti fin janvier sur un label indé et qui les jette sur les routes des tournées… Enregistré très vite et dans les conditions du live, leur album reflète l’urgence de témoigner du désastre du monde.

A l’Espace 1789, avec la projection de 93 La belle rebelle, il s’agissait surtout de rendre hommage à la banlieue. Casey et B.James versus les Zone Libre ont fait mieux. Ils l’ont fusionné. La banlieue des rappeurs noirs avec celle des rockeurs blancs. « Croiser dans le bordel nos deux musiques entre elles, gros bâtards de guitares et de cités dortoirs », clament-ils ? Et comment ! Quand l’énergie brute des guitares folles cognent contre les textes et le rap des enragés des cités, c’est Fukushima. Des corps en fusion, des éructations de son, des explosions de riffs et de flows qui irradient le public sous le choc d’une telle magnitude.

Arrive un morceau plus slow pour reprendre son souffle, où les rappeurs se taisent et se recueillent devant les déesses électriques puis sur« Aiguise-moi ça », c’est la perceuse qui vient dompter la guitare sous les yeux d’une foule médusée. La fin du concert stoppe cette parenthèse électrisante. Pas de rappel, retour à la réalité. Retour à la vie « unplugged ».

Sandrine Dionys

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