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«Survy Banlieue Blues» est une bande dessinée réalisée par le scénariste Edimo et la dessinatrice Nadège Guilloud-Bazin. Disponible depuis novembre dernier, la BD se penche sur la vie d’un quartier.

« Survy… Est-ce vraiment en France ? Ici on parle mal le français, on parle mal tout court. Nous n’avons aucun modèle : pas de savant, pas de footballeur, pas de rappeur… Peut-être être qu’un jour ma sœur sera une grande danseuse… mais pour les jeunes d’ici ce sera une pute. » L’esquisse d’une planche frappe sans esquive et donne le rythme d’entrée de jeu. « Survy », un nom, un quartier, une métaphore à laquelle des trajectoires se croisent dans ce carrefour de brique, cette microsociété imbriquée à l’intérieur d’une collectivité bien plus grande…

On suit le chassé-croisé permanent entre les différents acteurs de ce lieu où tout se décante, tout s’embrase. Ils se croisent sans vraiment se connaître, mais ils ont en commun une adresse, des barres d’immeubles… Il y a la famille Mokhedem, portée par la pessimiste Leïla, la famille Rolland, avec Alain la victime, et pour les Sankharé, ils sont mis en lumière par le teigneux Mamadou. D’autres acteurs gravitent autour de Survy, Abdelaziz Zitouni un militant associatif et Michel un éducateur implacable.

Chacun se retrouve confronté à des problèmes au sein de son propre foyer, entre la délinquance, incivilité, décrochage scolaire, le tumulte conjugal, un voisinage rebutant, le racisme anti-blanc… Tous les maux de la société moderne se retrouvent concentrés dans Survy comme si l’on avait ouvert la boite de Pandore. Un fléau nommé Omar parasite l’ensemble de ces familles, de cette cité en entrainant les plus jeunes sur la mauvaise pente.

J’ai vu de nombreux film à travers cet album : « Fractures », « La Cité Rose », « Intouchable »… Certains clichés ont la peau dure et peine à s’échouer à l’ouest des idées reçues. L’épicier est un Asiatique submergé par les larcins des jeunes de Survy rappelant Menace To Society.

« Vous les viets, je peux pas vous blairer… ». L’épicier répond à circonspection : « Je peux dire que je plains ta mère !». « Qu’est-ce que ta dit sur ma mère ? » La situation s’envenime et se poursuit dans une escalade de violence. Il y a Alain qui est sauvé de ses assaillants qui le racket quotidiennement par Boubacar, le grand frère de Mamadou, fraîchement sorti de prison. Dans un intouchable, une voiture bloque la sortie de parking, Driss choisit la manière forte pour raisonner ce citadin en infraction du code de la route qui importune Philipe : « maintenant, t’imprimes, t’imprimes et tu dégages ! ».

Malgré tout, la BD réussit un coup de maître en allant plus loin dans son traitement : en y incrustant des acteurs sociaux et associatifs aux castings… Assistés par des habitants des quartiers consternés par cette débandade, ils vont se mobiliser pour essayer de changer les choses à l’aide du dialogue, de procédures administratives, de dispositifs associatifs…

Survy Banlieue Blues reflète le vivre ensemble tant espéré dans nos villes et nos quartiers.

Lansala Delcielo

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