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Le Festival de Cannes a consacré le film. « Maintenant je vais me taire…car ça me réussi pas mal », a conclu Jean Dujardin, en recevant son prix d’Interprétation masculine pour le rôle de Georges Valentin dans « The Artist ». Le film avait rejoint la compétition une semaine seulement après avoir été achevé.

C’est un pari fou que s’est lancé Michel Hazanavicius, réalisateur du film. Son œuvre en noir et blanc, muette, fait figure « d’OFNI » (comprendre « Objet Filmique Non Identifié ») dans le paysage cinématographique actuel. En plein  21e siècle, ère du renouveau technologique, cette œuvre est une façon de revenir aux sources du cinéma. A l’époque, seule la musique accompagnait et portait les films. Et si certains ont pu ne pas croire au succès de cette œuvre, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Plus de 443 000 entrées en une semaine, et plus de 1 412 000 entrées à l’heure actuelle.  Comment expliquer un tel succès? D’abord parce que ce film interpelle. C’est une expérience que de revivre le cinéma muet sur grand écran. Il y a les nostalgiques, les jeunes qui n’ont pas connu cette période du muet et tous ceux qui sont curieux de voir cette pépite hors du temps. Autre raison possible, nous sommes en pleine période de revival, une nostalgie du passé. Cela se ressent à travers la mode ou encore le retour à l’alimentation bio.

Pour revenir au film, l’histoire en elle-même est intéressante. Celle d’une star de cinéma des années 1920, Georges Valentin, adulée, qui se retrouve du jour au lendemain laissée pour compte. L’arrivée du cinéma parlant bouleverse sa vie. Has been pour son producteur, qui estime que le public souhaite de nouveaux visages, il se retrouve esseulé et tente l’aventure d’un nouveau film, qu’il produit, et dans lequel il incarne le héros principal, toujours muet. Son film fait un flop. En pleine mutation du cinéma, l’acteur n’a pas su amorcer le virage nécessaire pour perdurer. Son histoire sonne comme un écho à l’évolution numérique et par ricochet à tout ce qu’elle a entraîné (évolution des supports de la presse, mutations entrepreneuriales, qui demandent à chacun de s’adapter, constamment). Mais le film se concentre également sur une autre figure, l’actrice Peppy Miller (interprété par Bérénice Bejo), qui avant de devenir la star montante du cinéma parlant était d’abord une fervente admiratrice de Georges Valentin. The Artist, c’est l’histoire de deux destins qui se croisent constamment. Au-delà d’une simple affaire de cinéma, c’est une plongée au cœur de l’émotion et de la solitude dans lequel nous entraîne le réalisateur. Pour cela pas besoin de mots. Véritable caisse de résonance du monde contemporain, individualiste, alors même que nous n’avons jamais eu autant de possibilités de communiquer.

Un film poétique et magistral, orchestré par une musique « narratrice » laissant percevoir les états d’âme des personnages, accompagné d’une variation de lumière qui évoluera tout au long du film pour suivre la descente aux enfers de George Valentin. Une œuvre qui nous invite à la réflexion sur l’autre et sur soi.

Amandine Liard

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