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Mains d’Œuvres c’est un lieu insolite, à deux pas du marché aux puces de Saint-Ouen. Un bâtiment, à la façade un peu glauque, qu’on ne remarquerait peut-être pas si toutes les affiches depuis la rue des Rosiers ne guidaient le curieux, pas à pas, jusqu’à la porte d’entrée gardée par un grand mec baraqué mais plutôt mignon. Mains d’Œuvres c’est un vrai labyrinthe aussi. Plutôt que de prendre à droite, j’ai eu la bonne idée de virer à bâbord. J’ouvre une porte, c’est le placard à balais. Je la referme discrètement et descend un escalier. Un grand couloir gris, digne d’un film américain de série B, apparaît sous mes yeux. Sur le mur gris, une étrange affiche rappelle qu’il est interdit ici de consommer des stupéfiants ! Je trouve, enfin, l’entrée d’un studio de musique.

Un studio de musique ? Mais, j’étais venue pour un spectacle, pas pour enregistrer mon premier tube. Je déchante vite de toute façon car une bonne âme, un peu comme dans Joséphine ange gardien, apparaît, me sourit et me dit que le festival a lieu au rez-de-chaussée.  Retour à la case départ donc.

Depuis vendredi, Mains d’Œuvres c’est, surtout, un festival – Respirations – qui met à l’honneur une kyrielle d’artistes. Parmi eux, des danseurs, des comédiens de théâtre, des écrivains, tous en résidence à Mains d’Œuvres, et qui présentent, pendant trois petits jours seulement, leur travail. En arrivant, le spectateur sélectionne un parcours et selon ce qu’il a choisi, verra tout au long de la soirée, soit de 19h30 à 23 heures environ, une série de cinq ou six performances très différentes, d’une vingtaine de minutes chacune, présentées dans les diverses salles de l’établissement.

Une trentaine de spectateurs choisissent, comme moi, le parcours vert. Escortés par des hôtesses habillées de vert, pour la circonstance, le groupe se rend dans la salle d’exposition du bâtiment, là où a lieu le premier spectacle. C’est celui de la Finlandaise Inari Salmivaara : une danseuse, un décor entièrement blanc, un corps allongé. La voix off de la danseuse se met alors à raconter l’histoire de la petite communauté qui vit sur son corps allongé. Communauté qui mène une vie simple, rythmée par le travail et la gymnastique. Je vous laisse deviner l’identité des membres de ladite communauté…

On est subjugué par le mélange d’originalité, le comique du sujet et la sensualité dont la danseuse fait preuve pour illustrer la voix off. Par ailleurs, le décor d’ivoire, malgré sa simplicité, donne l’impression d’être dans un rêve ou dans un lieu totalement futuriste.

Après la démonstration de Salmivaara, place à une autre danseuse mais là, entièrement nue pour un spectacle diablement érotique, mais en aucun cas, attention, vulgaire. Parce que ce corps, finalement, est plus suggéré que montré, grâce au jeu d’ombre et lumière.

La performance la plus inattendue et insolite, c’est peut-être, The ce soir show d’Alexis O’Hara, artiste montréalaise, qui, à la tombée du jour, devient Guizo la Nuit, homme bizarre et mondain, à la sexualité floue, qui a perdu, depuis belle lurette, son talent, son sex-appeal et Marilyne, à qui il dédie toutes ses chansons. Sous le regard et les oreilles ahuris du public, drag king, musique électro-pop et propos foudroyants font bon ménage.

Respirations, c’est, en somme, un week-end de festival qui révèle le dynamisme culturel de Mains d’Œuvres, laboratoire et pépinière d’artistes à Saint-Ouen. Un week-end pour découvrir des artistes émergents, du metteur en scène au travesti, du danseur au poète. Alors, si vous passez du côté de Saint-Ouen ce week-end, vous pourrez respirer et infuser la créativité des résidents de Mains d’Œuvre.

Gaëlle Matoiri

Festival « Respirations », du 17 au 19 juin 2011. Mains d’Œuvres 1, rue Charles Garnier, 93400 Saint-Ouen. M° Porte de Clignancourt (ligne 4) ou Garibaldi (ligne 13), bus 85 (arrêt Paul Bert). Tarif : 17 euros/13 euros en prévente/30 euros pass 2 jours.

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