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Samedi, en arrivant à Munich, j’avais le choix entre : visiter la capitale bavaroise sous la pluie ou assister à une conférence, en allemand, sur «la formation informelle des jeunes à travers le hip hop», tout un programme… Autant vous dire qu’aucune de ces deux solutions ne m’emballait. Finalement, j’ai préféré le chaud douillet de la salle de conférence au froid humide du macadam munichois. Direction, donc, le Goethe Institut pour participer à la conférence. Je m’attendais à un discours stéréotypé et chiant comme on en entend si souvent en France, où la plupart du temps on n’évoque le hip hop qu’à travers ses dérives. Un universitaire qui parle de hip hop c’est comme si Joey Starr parlait de musique celtique, me disais-je.

En arrivant dans la salle, je vois une dame d’une cinquantaine d’années monter à la tribune. Je commence à regretter ma visite de Munich. Moi aussi, j’ai des préjugés : une femme qui pourrait être ma mère parlant du rap ? Je m’installe et très vite, je suis surpris par le discours d’Eva Kimminich, professeur de littérature à l’Université de Fribourg en Brisgau. Elle explique comment elle en est arrivée à s’intéresser au hip hop et cela attise ma curiosité. Son approche est très originale : c’est en effectuant des recherches sur la censure touchant l’expression artistique en France au XIXème siècle qu’elle découvre que le rap français est vivement critiqué à la fin du XXème siècle.

Elle présente durant la conférence les textes de rappeurs attaqués en justice, notamment Monsieur R. ou Sniper, en précisant que même si ces textes sont « hardcore », ils sont nécessaires et révélateurs du malaise qui existe dans les quartiers. Pour Eva Kimminich, il existe un sentiment de mise à l’écart de plus en plus important dans les cités, le rap est aujourd’hui pour beaucoup le seul moyen de faire entendre leur voix.

Alors que certains considèrent le rap comme violent et les rappeurs comme des « barbares », Eva Kimminich voit plutôt dans le rap un des rares moyens d’expression pour la jeunesse des quartiers dont les rappeurs sont des porte-paroles. De son point de vue, le hip hop a une mission positive. Il transforme une énergie négative en une action positive. La culture hip hop est un moyen de s’intégrer dans la société, de prendre position et de se faire entendre pour des jeunes qui n’ont pas accès à la scène politique. D’après elle, les rappeurs français se démarquent par leurs textes engagés. Cela viendrait du fait que nombre d’entre eux sont issus de l’immigration et ont besoin de voir leur histoire s’inscrire dans l’histoire de France.

Le discours étonnant d’Eva Kimminich nous donne pour une fois une vision positive du hip hop complètement à l’inverse de l’image qu’on a trop souvent du rap en France.

Fethi Ichou

Fethi Ichou –

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