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Au dernier Festival de Berlin, « Une séparation », le film de l’Iranien Asghar Farhadi a raflé l’Ours d’or, la récompense suprême, deux Ours d’argent décernés à l’ensemble de son casting masculin comme féminin et le prix du jury œcuménique… Un vrai hold-up. L’intrigue : Simin veut divorcer de Nader. Elle retourne vivre chez sa mère. Simin partie, Nader doit trouver une personne pour s’occuper de son père atteint d’Alzheimer. Il engage Razieh une femme pauvre et très pieuse pour veiller sur lui pendant qu’il travaille.

A première vue, rien de bien excitant dans cette tranche de vie quotidienne. Qu’est-ce qui a donc bien pu pousser le jury du Festival de Berlin à consacrer au rang de chef d’œuvre une histoire aussi triste et banale que la séparation d’un couple et la maladie d’un vieillard ? Deux heures de projection suffisent pour délivrer une réponse. Car il existe des thrillers bien plus prenants que ceux imaginés par les scénaristes des mécaniques hollywoodiennes bien huilées : les œuvres qui fouillent l’âme humaine à la recherche de ce qu’elle a de plus complexe. Une séparation fait partie de celles-là.

Retour à l’intrigue, le jour où la vie des protagonistes bascule. Nader rentré plus tôt de son travail trouve son père au pied de son lit, inanimé. Razieh l’a attaché et est sortie le laissant sans soin ni surveillance. Quand elle rentre de sa mystérieuse escapade, Nader s’emporte, fou de rage et la congédie. Il l’accuse également de vol et refuse de lui payer sa journée de travail. Furieuse d’être accusée d’un délit qu’elle n’a pas commis, Razieh exige sa paie. Nader la pousse violemment pour qu’elle sorte de chez lui. Elle tombe dans l’escalier. Il apprend quelques heures plus tard qu’elle se trouve à l’hôpital après avoir fait une fausse-couche. Aux yeux de la justice iranienne, ce geste est un crime passible de dix ans de prison. S’ensuit un imbroglio qui s’emmêle dans les méandres et remous d’un scénario qui va faire s’opposer les deux couples, Nader et Simin contre Razieh et Hodjat, chacun luttant pour sauvegarder ses intérêts et ceux de sa famille…

Si Une séparation soulève l’enthousiasme, de Berlin à Téhéran en passant par Paris, ce n’est sans doute pas seulement pour les seuls talents de réalisateur, scénariste et producteur d’Asghar Farhadi. Sans doute aussi pour le côté universel des conflits intimes et intérieurs auxquels sont confrontés ses protagonistes et auxquels peut s’identifier tout être humain. En prime, l’action se déroule en Iran et permet de se plonger dans la complexité de cette société. Nul magazine d’information pourrait pénétrer aussi intimement dans les appartements privés, les salles des commissariats de police ou dans les tribunaux locaux. Asghar Farhadi, lui, le fait avec une telle méticulosité qu’ Une Séparation possède une dimension documentaire indéniable. Pour le volet judiciaire de son film, il affirme avoir mené un travail très important de recherche auprès de juges, de tribunaux et avoir consulté de nombreux conseillers juridiques pendant la phase d’écriture de son scénario rendant le film, selon lui, très proche de la réalité actuelle.

Et outre les drames humains et familiaux (le divorce, la maladie d’Alzheimer, la fausse couche), Une séparation effleure d’autres thématiques comme le choix ou non de l’exil à l’étranger pour ceux qui en ont les moyens, le rôle de la religion dans certaines familles, le statut et la place de l’homme iranien comme celui de la femme, le rapport des classes sociales entre elles, la misère des vies des plus pauvres… Quant au regard des enfants du film, au travers des filles des deux couples, il est omniprésent : celui de Termeh l’adolescente et Somayeh la petite fille, qui assistent impuissantes à tous les tourments de la vie des adultes dont elles sont les témoins et les otages.

Avec un travail de préparation aussi méticuleux, un scénario haletant, des comédiens superbement dirigés, une histoire universelle et de nombreux thèmes touchant à une certaine réalité de la société iranienne (sans toutefois aborder les soubresauts politiques de ces dernières années), le film a tout pour devenir une référence incontournable du cinéma actuel. Une Séparation ou une vraie leçon de cinéma.

Sandrine Dionys

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