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Des lignes de poudre blanche se forment sur la table. Une rock-star ou un top-modèle les aurait sûrement sniffées d’une traite avant d’aller chanter ou défiler. Mais Youssoupha les balaye de la main et précise, d’entrée de jeu : « Faut pas croire, c’est du sucre. » On s’approche, l’air douteux. Mais aucun doute à avoir, c’est bel et bien du sucre en poudre. « On faisait semblant d’être dans un film avec les potes », se justifie Youssoupha. On le croit.

Il a 30 ans. Et quinze ans qu’il fait du « rap passionné ». La musique des quartiers. « Pourtant, c’est pas obligatoire de vivre dans un quartier populaire pour faire du rap », affirme Youssoupha. Lui, en vient, y a grandi. Il est arrivé « un jour d’automne du Congo » dans un HLM de Cergy. La routine. Mais la suite est plus rocambolesque, inattendue, incroyable, honorable ou détestable (cochez l’adjectif qui vous convient).

Youssoupha, vous le connaissez. Bien ou vaguement, peu importe. Son récent quart d’heure de célébrité l’a propulsé à la dernière page de Libé. A cause d’une polémique qu’il avait provoquée, en déclamant ce révol-vers : « J’mets un billet sur la tête de celui qui fera taire ce con d’Eric Zemmour. » Youssoupha fut invité à s’en expliqué. Il a dit que ce n’était pas à prendre au pied de la lettre. Mais il maintient que « Zemmour a des positions bizarres ». Et d’ajouter : « Ses opinions me dérangent, même si je me battrai tout le temps pour qu’il puisse s’exprimer. »

Youssoupha est un rappeur. Offensif, mais pas tueur. « Oui, mon rap est particulier, parce que ma vie est un cas à part », dit-il. Il se définit comme le « fils adoptif de Marianne, la mégère devenue ma marâtre défavorable à mes gênes ». Il se félicite désormais « d’écrire des textes engagés dans le journal Le Monde ». Une image – tout à fait supportable – de « rappeur intello » lui colle à la peau.

Youssoupha est de ceux qui ne font pas rimer rap avec loubard. Pour lui, le rap n’est pas obligatoirement le refuge de clébards passés par la case prison. Sa bouille colorée ne l’a pas toujours aidé. Débarqué de Kinshasa sans grande connaissance du français, il empochera un bac littéraire, avec, dit la légende, « la meilleure note en français de l’académie ». Et d’ajouter, l’air dépité : « J’ai dû me battre avec mes profs pour continuer en littéraire. » Toujours le même problème, la même antienne.

« On ne donne pas envie de littérature aux jeunes », estime-t-il. Vous lui dites musique, il pourrait vous citer ses artistes favoris « une heure durant ». Vous l’interrompez, histoire de parler ciné. Il enchaîne : « C’est ma première source d’inspiration, le cinéma. »

La rencontre touche à sa fin, la nuit paraît derrière les fenêtres. Youssoupha se décontracte. Il ne va pas reprendre une ligne de sucre en poudre mais il a seulement une pressante demande à faire à Lassana, son manager. « Une place pour assister au concert d’Alain Souchon », le soir même, son « idole ». Plus de places, annonce, désolé, Lassana. Trop tard, il n’assistera donc pas au show du maestro. Youssoupha n’en perd pas le sourire.

Ce soir, vendredi 27 novembre, l’idole, c’est lui : il est sur scène à la Cigale, à Paris. « Si je n’ai pas inventé le virus contre le Sida, je réalise mes rêves. »

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

mehdi_et_badroudine –

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