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Au « T’es ma halal » paru dans ces colonnes, a succédé un « Michetonneuse.com ». La réponse du berger à la bergère, en quelque sorte. Saut que je soupçonne le berger d’avoir été atteint dans son amour-propre de jeune mâle. Voici donc une réplique, qui en appellera peut-être une autre… Les « michetonneuses » sont des femmes financièrement exigeantes, relevait justement mon collègue Idriss. Elles qui n’ont d’affinités que pour des hommes véhiculés pourront – soit dit en passant – être désormais plus autonomes à moindre coût, puisqu’il est possible de passer son permis pour presque rien. Reste ensuite à trouver un roi du pétrole pour alimenter le réservoir de la voiture.

Michetonneuses, donc. Il va sans dire que les hommes de banlieue sont très réputés pour leur opulence… Il existe toutefois le cas inverse, les « crevards », qui savent y faire avec les filles qui le veulent bien. Il y a plusieurs catégories de crevards : le crevard malgré lui, d’abord. Sans ressources. Évidement ce crevard-là n’a pas de voiture, pas même de permis de conduire, les sorties se font donc en transport entre 9 heures et 19 heures. Il est fainéant, il n’aime pas marcher.

Fréquenter un crevard malgré lui implique, pour la fille, toute une organisation financière : elle doit avoir sur soi de quoi payer pour elle et pour lui, acheter des billets de bus pour elle et pour lui, etc. Inès, qui a fréquenté durant quelques mois un crevard malgré lui, nous raconte : « C’était lourd à la longue, c’est toujours moi qui payais pour nous deux, il m’a ruinée ! En plus il ne m’appelait jamais, quand il avait du crédit une fois tous les deux mois, il me bipait. Sinon, de temps en temps, c’était des textos avec des numéros de téléphone à chaque fois différents. »

L’expérience qu’a vécue Sabrina est encore plus amère : « C’est toujours moi qui payais nos sorties. Une fois, j’ai payé pour lui et ma copine qui était avec nous. Quand elle m’a remboursée, il a pris l’argent ! Non seulement, il venait sans rien mais en plus il repartait avec de l’argent, ce crevard ! » Ce genre d’individu n’est pas bien méchant : lorsqu’il gagne quelque sous, il offre généreusement à sa bien-aimée soit un menu Filet’o’fish au MacDo, soit un Chicken chica chez Döner kebab. Tous n’ont pas cette attention !

Il existe en effet une autre catégorie de crevard, beaucoup plus calculateur : « le crevard pince. » Très sournois, il ne sort qu’avec des filles naïves et manipulables, véritables sources de profits pour lui. Le crevard pince ne se refuse rien : cinéma, restos, vêtements, le tout bien évidemment aux frais de la princesse ou plutôt de la « pigeonne ». Je me souviens d’une ancienne camarade de classe prénommée Julie. Elle était éperdument amoureuse de Jamel, elle lui offrait toutes les semaines un cadeau (survêt, montres, parfums…). Sa philosophie, à Julie : « Quand on aime, on ne compte pas. »

La devise de Jamel, en revanche, ça serait plutôt « aimer, c’est gratuit ». Pour lui, Julie rimait avec Monopoly. « Allo ma chérie, j’ai vu les nouvelles TN chez Footlocker, elles sont au top ! » Ces quelques mots suffisaient à ce vil profiteur pour se retrouver le lendemain propriétaire de ce bien (frais de livraison offerts !). Voilà comment certaines filles en mal d’amour achètent l’affection de garçons en manque d’argent.

Mais certains achètent bien plus que de l’amour. Avec le « crevard trader », on entre dans la catégorie supérieure, si je puis dire. Le crevard trader n’est pas un crevard à proprement dit, c’est plutôt un investisseur avisé. Il insiste toujours pour payer l’addition et les sorties, mais comme tout investisseur qui se respecte, il attend rapidement un retour sur investissement, payable de préférence en nature. Ainsi, pour ces « golden boys » de la zone suburbaine, au bout du troisième investissement (rendez-vous), une gâterie s’impose, quelle qu’elle soit, cela va sans dire.

Farah a fréquenté un crevard trader quelques temps. Spécialisé en fusion-acquisition, Mathieu lui semblait être le prince charmant : « Pour notre premier rendez-vous, il m’a emmenée faire un tour de barque, avec à la clé un joli bouquet de roses, ensuite on a fait quelques sorties. Il refusait systématiquement de me laisser payer. Puis au bout de quelques jours, il m’a fait comprendre qu’il attendait plus de moi, et que le sexe tenait une importance quasi cruciale dans une relation. » Refusant ses avances insistantes, Farah s’est vue proposer un dérivé façon Sodome et Gomorrhe. Mathieu était prêt semble-t-il à se satisfaire de ce type de retour sur investissement : « Il savait que certaines filles acceptent cette pratique pour conserver leur virginité, ce n’est pas mon cas. »

Ne cédant pas, Farah deviendra persona non grata aux yeux de Mathieu. « Après ça, on est restés quelques jours ensemble. Fini les fleurs et les balades romantiques en barque, il a bizarrement perdu sa carte bleue et m’a demandé de lui payer des trucs dont il avait besoin. Au début, j’ai pas bien compris, mais en y réfléchissant, j’ai eu l’impression qu’il voulait se faire rembourser tout ce qu’il avait dépensé pour me séduire. »

Widad Kefti

Widad Kefti –

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