Derniers articles

  • « Ben Laden, c’est mon père »

    Le bus 249 est bondé. On se pousse. Le chauffeur demande d'avancer dans le fond. On descend près du lycée Jacques Brel à La Courneuve (93). Il est midi, l'heure d'aller se rassasier. Les lycéens filent fissa à la maison. On interpelle un groupe de filles. On lâche le nom de Ben Laden. « C'est pas un calife du Pakistan ? » sourit sérieusement une des quatre. Les autres la contredisent, se moquent. La troisième balance : « En tout cas, c'est pas un terroriste. Il voulait seulement faire du bien pour son peuple musulman. »

    Par Mehdi Meklat
    Le 04/05/2011
  • La dramatique académie du Front national

    La porte du métro s'ouvre. Ils sont quelques-uns à en sortir. Ils portent, pour la plupart, des sacs-à-dos. Ils ont le crâne dégarni par la calvitie guerrière. Ils prennent la première sortie. Ils veillent à leurs arrières, regardent à gauche, à droite. Méfiants. Prennent l'escalier principal. A l'extérieur, les ornements dorés de l'Opéra Garnier crament sous le soleil matinal. Sur les marches de l’académie de musique, un groupe de militants chantent à tue-tête. Loin de la poésie des chants lyriques, ils s'obstinent à hurler quelques slogans. « Le travail, aux Français » côtoie le titre phare de la matinée : « Marine, présidente ! »

    Par Mehdi Meklat
    Le 02/05/2011
  • Afida T., un ange passe

    Elle s’est forgée, comme un roc, grâce aux fêlures, aux blessures de la vie qui l’ont entaillée. Elle est devenue une rose avec ses dangereuses épines. Comme l'As de Solaar, elle a toujours piqué, mais pas que les cœurs. « J'étais un garçon manqué, jusqu'à 16 ans. Je me battais tout le temps. » Elle se chiffonnait dans la cour, mais faisait de belles rédactions, à l'encre ou à la plume. « Les autres me payaient pour que j'écrive à leur place. J'avais des 19/20. » Imagination débordante, commentaient les profs...

    Par Mehdi Meklat
    Le 23/04/2011
  • France Télévisions s’ouvre aux quartiers

    Trois écrans grésillent dans le hall de la Fondation France Télévisions. Sur le premier, Sophie Davant s'émeut devant des gens qui se sont fait « usurper leurs identités » . Il est 15h04. Sur le second, le cigare de l'inspecteur Derrick se consume doucement. Le dernier propose un match de tennis sur terre battue. A la balle de set, Marie Anne Bernard, déléguée générale de la Fondation France Télévisions, arrive. Elle nous emmène jusqu'à son bureau. On croise, collés sur un mur, une photo des frères Bogdanov.

    Par Mehdi Meklat
    Le 18/04/2011
  • Flex et MC Jean Baptiste : le trip du ghostwriter

    Flex croque dans le Giant. Mâche. Avale. Dit : « Le rap, c'est pour décrire la vraie vie, la réalité. » Flex croque dans le Giant. Pioche des frites huileuses à la couleur suspecte. Dit : « Moi, je suis pas là pour parler de grosses bagnoles que j'ai pas. » Flex, rappeur de La Courneuve, croque dans le Giant. On le croise au Quick des Six Routes. Il a 18 ans. Son rap est cru, réaliste, sans bling.

    Par Mehdi Meklat
    Le 07/04/2011
  • Le requiem des fantômes, par Castelbajac

    C'est une sombre histoire de fantômes qui ne fait pas peur. C'est la drôle d'histoire d'un fantôme qui ne se sent à l'aise ni nulle part. « Le fantôme en a marre d'entendre dire qu'il n'existe pas. »* Venez, prenez notre main, nous vous emmenons dans le monde des apparitions. Un étrange bâtiment de Créteil (94), la Maison des arts. A l'intérieur, il fait aussi noir que dans la nuit. On marche lentement, par peur de cogner quelqu’un. Un pas après l'autre. Accrochée sur un mur, une mâchoire avec des dents et des gencives saillantes. Quand on s’en approche, un cri strident retentit. On s'en éloigne, à petits pas. On croise des fœtus enveloppés dans des paquets, comme des jouets. On se croirait au supermarché. Une dame dit : « Ils sont vivants. »

    Par Mehdi Meklat
    Le 21/03/2011
  • Robe noire ou djilbab ? Lycéenne musulmane interdite de cours

    Dans ce lycée de Saint-Ouen (93), des élèves invoquent la devise républicaine inscrite au fronton de leur établissement pour contester une décision de l’administration. Les uns crient à la liberté bafouée, d'autres à la fin de la fraternité. Vendredi 11 mars, Sarah*, en plein cours de philosophie, est convoquée dans le bureau de la proviseure adjointe. On lui explique clairement qu'elle ne peut plus porter « la longue robe noire » dont elle est vêtue, que c'est un signe « religieux » et que c'est « interdit dans l'enceinte du lycée ». L'administration qui a pris cette décision d'interdit vestimentaire à l'encontre de cette jeune fille, estime que la robe noire en question est pareille à un « djilbab », longue tunique qui recouvre le corps, des épaules jusqu’au bas des chevilles.

    Par Mehdi Meklat
    Le 18/03/2011
  • « Black Swan », si beau, si cruel

    C'est une danse maléfique, qui emporte dans les méandres de l’âme. Une danse comme un tourbillon, où le corps se détend, s'élance, s'embobine, se fige. Elle est là, gracieuse, dans les eaux dangereuses du Lac des Cygnes. Nathalie Portman est Nina, une timide danseuse du New York City Ballet. Des années que la rigueur la contraint à se lever, s'étirer, s'échauffer... Des années qu'elle est un petit rat d'opéra, jamais distribuée dans les grands rôles. Cloitrée dans une salle aux barres parallèles et aux miroirs aux mille reflets. La nuit, encore chez sa mère, elle se couche dans sa chambre. Les murs sont roses. Nina est une gamine sage, qui n'a pas grandi et que la routine de la vie a prise dans ses filets.

    Par Mehdi Meklat
    Le 22/02/2011
  • Ils étaient frères, les voilà ennemis

    L'odeur du souffre. Le bruit des bottes qui frappent la terre. Ses yeux sont des billes qui balayent le paysage. Il rôde, épie. Hier soir, quand il a vaguement passé un gant de toilette sur son corps dégueulasse, il a senti une boursouflure sur son épaule gauche. Le poids du fusil automatique dont il ne se sépare plus. Il endure en silence. L'armée, c'était la bonne planque, se disait-il. Jamais il n’aurait imaginé ce soulèvement.

    Par Mehdi Meklat
    Le 17/02/2011